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Xe-XIIe siècle : origines et modalités d'installation du système féodal dans le Midi et l'Albigeois

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Carte du Languedoc. Archives départementales du Tarn, 1 Fi 350/12.

Les plus anciennes archives privées entrées aux Archives départementales du Tarn sont conservées dans la série J des archives privées, permettant d’évoquer la fin du XIIe et le XIIIe siècle. La France ne formait pas encore un état unifié et était alors divisée en un grand nombre de fiefs dont une dizaine appartenait à des ducs et des comtes, vrais souverains sur leurs terres. Les terres du département actuel du Tarn étaient situées en Languedoc, en partie dans le comté de Toulouse. Ce Languedoc des XIe et XIIe siècles est une vaste contrée qui se laisserait mieux définir en termes culturels que politiques. (31) S’il n’existe pas d’ouvrage général sur la féodalité en Languedoc, les travaux scientifiques menés ces dernières années par les historiens comme Jean-Louis Biget, Laurent Macé et Hélène Debax, en ont fait progresser la connaissance. Ces quelques lignes de présentation s’y réfèrent directement.

Dans cette région où l’unité politique n’existe pas, les vicomtes de Trencavel, anciens lieutenants du comte de Toulouse au Xe siècle, deviennent assez rapidement les vicomtes d’Albi, de Nîmes puis de Béziers, Agde, Carcassonne et Razès au XIe siècle. Ils sont les vassaux du comte de Toulouse, la dynastie raymondine. Il y a encore peu, la société féodale méridionale était décrite comme fort éloignée du modèle de la féodalité septentrionale, ce qui est à nuancer. Hélène Debax propose une étude approfondie pour les XIe-XIIe siècles, qui montre une société profondément féodalisée où le serment joue un rôle central, cadre de l’entrée en dépendance. Le castrum ou château symbolise la notion de fief. Ce fief-château permet de construire des hiérarchies de pouvoir. La vassalité existe comme un lien entre un élément réel, le fief-château, et un élément personnel, l’engagement. Cet engagement réciproque est exprimé dans les inféodations et serments. Pierre Bonassié utilise le terme de « maillage » où s’entrecroisent des « lignes de forces horizontales et verticales » pour décrire par ce schéma concret la pratique de la coseigneurie, fréquente dans le Languedoc, et la vassalité multiple (32). On entrevoit bien ainsi la structure en réseau, essence même de la féodalité. Si la puissance du comte de Toulouse sert de clef de voûte à l’organisation territoriale et aux liens de fidélité, les vicomtes de Trencavel ont une grande indépendance.