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Le XIIIe siècle : un siècle clef

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Le rattachement du Languedoc à la France, conséquence des guerres en Albigeois

Le Languedoc aurait pu rester une terre occitane. Il est encore d’usage aujourd’hui, chez les ardents défenseurs de la culture occitane, de caresser avec quelque nostalgie ce rêve d’indépendance, violemment éteint au XIIIe siècle à l’initiative de l’Église d’abord, puis du roi. La « religion cathare » (33) existe depuis le XIe siècle. Elle pénètre rapidement en Languedoc, dans le comté de Toulouse, à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle. Il convient d’en résumer à grands traits les épisodes lourds de conséquences. Les vicomtes de Trencavel sont acquis au catharisme et le comte de Toulouse, Raymond VI, est soupçonné d’indulgence envers « l’hérésie cathare » réprouvée par l’Église. Elle réagit mais, malgré les prêches nombreux et les efforts déployés pour convaincre les fidèles de ne pas rejoindre les cathares, la situation se détériore progressivement. Tout bascule lorsqu’en 1208, Pierre de Castelnau, légat du pape Innocent III, envoyé auprès de Raymond VI pour lutter contre l’hérésie, est assassiné sur le chemin du retour après avoir excommunié le comte de Toulouse pour son refus de collaboration avec l’Église. Raymond VI est accusé d’avoir instigué le crime. Le pape lance alors un appel à la croisade contre l’hérésie cathare. Le roi refuse alors de participer. Mais les croisés, venus principalement du nord de la France, attirés par les indulgences (34) et l’espoir de conquêtes, envahissent le Languedoc et mettent le pays à feu et à sang. Ils sont nombreux et remportent des succès rapides, massacrant les populations, comme à Béziers (35). Menée par le croisé Simon de Montfort (36), la croisade poursuit ses destructions en pays albigeois et dans toutes les terres de l’actuel département du Tarn. Le croisé victorieux est à présent devenu vicomte d’Albi, de Béziers et de Carcassonne, le vicomte Trencavel ayant été déchu de ses vicomtés. Le roi Pierre d’Aragon, comte de Barcelone et seigneur de Montpellier, suzerain de seigneurs du Languedoc dont le vicomte Trencavel, fait alliance avec le comte de Toulouse. Le roi entre dans le conflit, voyant ses intérêts en Languedoc menacés. La croisade dite « des Albigeois » (37) se solde par la bataille de Muret où, pourtant venus en très grand nombre, les alliés occitans subissent une terrible défaite.
 
Le traité de Meaux, signé en 1229, est très important pour l’histoire des pays de Languedoc car il prépare son annexion définitive à la couronne de France. Raymond VII prête allégeance à Louis IX, roi de France, et perd la moitié de ses fiefs, notamment le Sud-Albigeois (ou ancienne vicomté des Trencavel) mais conserve encore le Nord-Albigeois (la rivière Tarn servant de frontière), le Rouergue et le Bas-Quercy. Outre les clauses l’obligeant à combattre l’hérésie, démanteler les fortifications des villes… et créer une université à Toulouse, il doit surtout marier sa fille unique et héritière, Jeanne de Toulouse, à Alphonse de Poitiers, frère du roi. Le couple n’ayant pas d’enfant, au décès d’Alphonse de Poitiers en 1271, ces territoires reviennent au royaume de France.

Le XIIIe siècle voit donc l’annexion du comté de Toulouse à la France et consacre la fin de cette longue « autonomie » occitane. Au-delà des bouleversements politiques, cet épisode est primordial car il implique de nouveaux changements, notamment dans l’organisation administrative.

Le Tarn, pays de consulats

À partir du milieu du XIIe siècle, les seigneurs vont être amenés à déléguer certains pouvoirs aux communautés d’habitants. C’est la naissance du consulat, régime municipal où le pouvoir est exercé de façon collégiale par des consuls. Ceux-ci sont les représentants des communautés qui vont progressivement prendre leur indépendance pour devenir de vrais acteurs politiques. Chaque communauté d’habitants, même la plus modeste, possède un consulat. Le système est très répandu dès le XIIIe siècle en Languedoc. Le consulat apparaît autour de 1100 dans les villes italiennes et presqu’aussi précocement au Nord dans les régions centrales. (…) La période d’expansion y débute dans le deuxième quart du XIIe siècle et ne s’achève, sauf cas exceptionnel, que vers les débuts de la guerre de Cent Ans. (38)

Les mélanges d’archives publiques et d’archives privées sont une constante dans les fonds familiaux et seigneuriaux d’Ancien Régime. Un notable peut avoir occupé une charge publique de consul ou de notaire, et il a pu garder dans son habitation personnelle ou dans son étude, un mélange d’archives privées et publiques. Cela peut facilement se concevoir à une époque où il n’y avait pas obligatoirement de maison consulaire, les assemblées se faisant souvent devant le porche de l’église dans les villages. Le notaire tenait une place importante pour transcrire et garder une preuve juridique. Force est de constater que les actes les plus anciens de l’écrit sont conservés dans les fonds d’archives privées ou dans ceux des consulats, et qu’ils ont été rédigés par des notaires au service des seigneurs et des personnes, ou des institutions consulaires. 

Les chartes de coutumes

Le Tarn, pays de droit écrit

Archives départementales du Tarn, 3 J 37/13.

Notre région du midi de la France est un pays de droit écrit, le nord étant resté traditionnellement fidèle au droit coutumier. Cela tient à un degré de romanisation plus poussé dans le sud que dans le nord, un recours à l’écrit plus important y compris au Haut Moyen Âge, et des relations plus étroites avec l’Italie. D’ailleurs, André Gouron fait le lien entre l’expansion du notariat et l’expansion consulaire. Consulat et notariat vont de pair (…) Notaires et consuls sont des phénomènes urbains avant que de devenir aussi ruraux (44).

Dès le début du XIIe siècle, un mouvement intellectuel naît en Italie du Nord et se développe notamment à Bologne. Il consiste en une redécouverte du droit romain, tel qu’il avait été codifié par Justinien. L’immense Corpus juris civilis, réalisé entre 529 et 565, est étudié puis diffusé au XIIe siècle dans les pays méridionaux, et progressivement dans toute l’Europe. Sa diffusion passe bien sûr par les écoles et les universités, d’abord celle de Montpellier au XIIe siècle puis celle de Toulouse au XIIIe siècle. L’Université de Toulouse, créée par le traité de Meaux en 1229, a été un foyer d’étude et de rayonnement pour ce droit savant (45).

Le personnage clef qui apparaît à partir du XIIe siècle en Languedoc, et du XIIIe siècle dans notre département, est le notaire (46). Maître de l’écrit, praticien du droit, informé des usages locaux, il est au cœur de la vie des familles et des institutions. S’il est nécessaire à la rédaction de ces actes fondateurs du XIIIe siècle, son écrit va se multiplier et se « démocratiser » rapidement après 1300. Tout le monde va chez le notaire, du simple laboureur au riche marchand, nobles ou roturiers, lettrés ou illettrés. Tous ont la même préoccupation : garder une trace d’une vente, d’un achat, d’une transaction financière, d’une transmission de patrimoine pour fonder ses droits. Le notaire est utile à toute la société méridionale et pour tous les types d’actes, même les plus ordinaires : prêt d’argent, baux à gasaille, ventes, échanges, mariages, testaments, successions, etc. Ces actes se trouvent en abondance dans les fonds d’archives privées, en particulier dans les archives seigneuriales, le notaire étant généralement le greffier et le secrétaire des seigneurs. Il est donc au cœur de la vie privée des familles, accompagnant les événements importants de la vie et du foyer. Si le législateur a donné le statut d’archives publiques aux registres de minutes notariales, chaque famille, chaque individu détient un exemplaire ou « une expédition » des actes qui le concerne, dans ses archives privées. Les archives notariales constituées en série réglementaire, sont une source précieuse et remarquable, exceptionnellement riche et large de la vie privée dans notre département, et rendent compte de l’importance de l’écrit depuis le XIIe siècle dans notre pays du Midi (47). Complémentaires des archives privées, elles constituent un miroir irremplaçable des pratiques sociales.